Héloïse, ouille !

L’HISTOIRE

Jean Teulé imagine l’histoire vraie d’un couple médiéval célèbre et scandaleux : Héloïse et Abélard. S’appuyant sur quelques extraits sulfureux de leur correspondance, il nous raconte leur passion (= souffrir en latin, tout est dit…).

Du même auteur, j’avais adoré Le Montespan, où on se prend de tendresse pour le fameux cocu malheureux. Le Moyen Âge m’a toujours fascinée, cette histoire d’amour mythique m’intrigue, j’aime la verve de Teulé : je me lance !

heloise 1re couv

J’adore. Cette. Couverture !

L’ECRITURE

En vert et rouge, des extraits du roman.

La poésie d’un Moyen Âge fantasmé…

J’ai passé un bon moment en compagnie d’Abélard et Héloïse. Les lieux, les personnages, les atmosphères prennent facilement vie dans notre esprit grâce aux descriptions efficaces. Coup de coeur : Teulé m’a semblé particulièrement doué pour décrire le silence. J’ai été assez touchée notamment par ses évocations de paysages d’hiver, où le temps semble s’arrêter à cause du froid.picto-good

« Six heures du matin en ce 11 mai 1120, c’est l’heure du froid ennui de la toute fin de nuit d’une Saint-Mamert – l’un des saints de glace qui gèlent, là, les bourgeons des massifs d’ancolies et des iris dont la floraison n’ira jamais plus loin. Au bout de tiges qui n’espéraient que s’étendre, des stalactites de glace sont les pleurs givrés de plantes pétrifiées en plein élan de vie. Seule Héloïse, observant l’effet climatologique par le carreau coloré d’un vitrail, a une sueur chaude qui coule au front. « 

« La neige éparpillée dans la campagne ensoleillée reste immaculée. Des bois et des prés vallonnent délicatement jusqu’à l’horizon d’où semble s’élever une vapeur. Abélard fronce les sourcils. Est-ce l’air, là-bas, qui remue la poudreuse ? Ah non, on dirait que ce sont des gens qui viennent. »

« …l’ancien moine portier de Saint-Gildas-de-Rhuys contemple autour du couvent les collines enneigées et l’eau de l’Ardusson figée par le gel, derrière la grille d’où pendent des stalactites de glace qui y ajoutent des barreaux, la sœur portière stupéfaite, dans la buée en suspens de son souffle coupé, tente d’appeler sa mère supérieure… »

Au fil de la lecture, je suis tombée sur de belles petites trouvailles d’écriture :

« …il promène sur le cachot des yeux appesantis par le morne regret des chimères disparues… » (c’est classe, non ?)

Ouille !

Mais attention ! les passages cités ci-dessus ont beau être très poétiques, ne vous y trompez pas, Héloïse, ouille ! est bien un roman grivois, et la promo du livre était orientée en ce sens (on n’en attendait pas moins de Teulé). Vous aurez d’ailleurs constaté que le titre rime avec c******…

Et en effet, toute la première partie du livre est essentiellement « joyeuse » ainsi que l’ont définie les critiques. Aucun doute n’est permis, car dès les premières pages :

« En longue tunique rose persan avec deux sacoches de cuir – aumônières boursouflées accrochées de chaque côté de sa ceinture –, alors qu’il se redresse, encagoulé, on dirait une bite qui se met à bander au milieu d’une paire de couilles car…

… La jolie fille restée sur le seuil de la porte se trouvant à contre-jour, derrière elle en cette fin d’après-midi d’été, le rire du soleil traverse sa robe. Abélard peut ainsi découvrir la silhouette de splendides jambes entrouvertes et tout en haut entre les cuisses, comme le joli pêle-mêle d’un ballet turc, le contour des poils bouclés d’une toison pubienne bombée. »

« En s’éloignant du presbytère, il ressent encore, telle une rémanence têtue, une vibration qui perdure au bout des doigts. Parce que le vent de la ruelle, lui faisant face, plaque contre son corps les plis de sa tunique qui se tend en un endroit, on devine qu’il bande et que ça lui pétille dans les couilles. »

Carotte blanche

Sextoy médiéval

Amusant à lire, mais je me suis rapidement lassée de cette succession de tableaux érotiques un peu trash, sans véritable lien les uns avec les autres, de ce déballage de poils et de génitoires, de ces plaisanteries graveleuses et autres moines sodomites.

J’ai de loin préféré découvrir, dans la suite du roman, le destin désespérément parallèle des amants séparés, sans nouvelle l’un de l’autre pendant des années (true story).

heloise-et-abelard-tombeau

Tombeau d’Héloïse et Abélard au Père-Lachaise

picto-pasgood« — Prout !

— Qui a pété ?

— L’archevêque de Reims.

« Ah bon ? Alors laissez ouvert, Samson des Près, j’arrive ! » se marre Hugues III, l’évêque d’Auxerre, qui paraît complètement torché. »

Ah oui… je n’ai pas toujours trouvé « très heureux » ce décalage (voulu) entre un vocabulaire médiéval, parfois ampoulé, et un lexique très moderne, argotique voire vulgaire.

« Héloïse qui tente de museler ses désirs ne rechigne pas à la besogne faute de se faire besogner par son mec. »

Même si ce décalage fait en partie le charme de l’écriture de Teulé (que j’avais adoré dans le Montespan, je le rappelle, où ça chie et ça fornique dans tous les coins), parfois c’est tout simplement trop (à mon goût).

« … ce casse-couilles complexé par la taille de son zob et qui gonfle sa femelle avec ça, quitte à grands pas le presbytère. »

Souvent aussi, j’ai trouvé les dialogues très artificiels, car l’auteur se sert régulièrement de personnages secondaires pour apporter des informations historiques. Le résultat est tout sauf naturel !

 « Vous avez donc été bien déçu, compatit l’épouse, par trop de prélats qui ne voient en vous qu’un pervers fabricateur de dogmes et donc adversaire de la foi catholique au point dorénavant de préférer, comme un soldat blessé, partir vous isoler à jamais sur quelque terre ingrate. » (Sérieux, qui parlerait comme ça ?!)

MON VERDICT

Un plaisir de lecture assez inégal selon les chapitres, mais j’ai été séduite par cet univers mi-historique, mi-mythique (j’assume :-p ), par la liberté de ton et par quelques perles stylistiques.226ASP6179944780

Une chose est sure, ce roman de Jean Teulé m’aura donné envie d’en savoir plus sur l’histoire du couple Abélard/Héloïse, et de lire leur correspondance.

En conclusion : je recommande ce livre !

Héloïse, ouille ! (Jean Teulé, Julliard,2015) – 336 pages

Reading Challenge 2016, pour la catégorie « live érotique ».

 

Publicités

Une réflexion sur “Héloïse, ouille !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s