Des petites filles modèles… Remake par Romain Slocombe

PETITES FILLES MODÈLES : PASTICHE ET DÉTOURNEMENT

Dès la lecture du titre, aucun doute n’est permis : le dernier roman de Romain Slocombe fait explicitement référence à l’oeuvre de la Comtesse de Ségur, dont je vous parlai il y a quelques jours. Il est d’ailleurs très intéressant d’avoir en tête la version originale quand on se lance dans la lecture de ce remake.

Ainsi que les points de suspension du titre nous le laissent supposer, tout ne va pas se dérouler tout à fait comme dans nos souvenirs d’enfance… en fait, ce sera même complètement l’inverse. Les petites filles modèles est un roman pour enfants ? le remake est destiné à un public averti. Le premier est plein de bons sentiments, de morale chrétienne et de bonnes manières ? Le second est pervers, impudique, immoral.

montage ségur slocombe.png

CLINS D’ŒIL ET RÉFÉRENCES LITTÉRAIRES

Le roman est tissé de multiples références littéraires et cinématographiques. Pour ma part en tout cas, j’en ai vu beaucoup, et elle se sont imposées à moi sans que je ne les traque. Je ne sais pas si celles que j’ai repérées sont bien celles auxquelles pensait l’auteur (et je ne le saurai sans doute jamais), mais j’ai adoré les découvrir tout au long du livre.

Évidemment, on retrouve les petites filles modèles de la Comtesse de Ségur, que Romain Slocombe pastiche à la perfection (allant parfois jusqu’à reprendre tels quels des passages entiers). La trame narrative est presque la même  (l’accident de voiture, l’amitié entre Mme de Fleurville, Mme de Rosbourg et leurs filles…) et on reconnaît de nombreuses péripéties (le chien enragé, le boucher Hurel qui sauve les petites perdues dans la forêts…). Le récit est mené du point de vue de Marguerite, qui ne manque jamais de prier le Bon Dieu, et qui se repent violemment tous les soirs en confessant ses divers péchés de la journée.

Et des péchés, elle en a à confesser, car les petites filles modèles sont désormais adolescentes, et quand elles « jouent au docteur » ce n’est pas sans leur procurer de certaines émotions… Mme de Fleurville, en éducatrice éclairée, encourage ses filles à lire toutes sortes d’ouvrages licencieux, y compris ceux du Marquis de Sade. Marguerite dans l’histoire devient une sorte de Cécile de Volanges. Ce n’est pas là d’ailleurs la seule ressemblance avec Les Liaisons dangereuses : texte présenté comme la reproduction d’un authentique manuscrit, noms des lieux restés secrets…

Cependant, en citant en guise d’épigraphe un extrait du Tour d’écrou (nouvelle ayant inspiré, entre autres, le film Les Autres), l’auteur sème un indice intriguant. Peu à peu, on glisse du côté de la littérature fantastique, et même gothique. On en retrouve de nombreuses caractéristiques : le décor (manoir embrumé, forêt profonde, ruines), les personnages au teint pâle, les jeunes vierges innocentes…

Les gouttes de sang qui émaillent la première de couverture sont omniprésentes dans le roman : le sang des premières menstruations de Marguerite, le sang des scarifications qu’elle s’inflige régulièrement comme pénitence, le sang de diverses petites blessures… il est d’ailleurs beaucoup questions de bandages, allusion sans doute de Romain Slocombe à ses propres oeuvres.

MON VERDICT :

Toutes ces références sont finement intégrées au récit, comme autant de clins d’œil qui font sourire le lecteur. Je me suis laissé entraîner par l’histoire de ces nouvelles petites filles modèles, et j’ai lu le livre d’une traite. De plus, il m’aura donné envie de relire Dracula. 😉

J’ai aimé également voir l’auteur se moquer de la Comtesse de Ségur de façon assez subtile : dans le roman original par exemple, quand les petites s’amusent à noyer un bébé hérisson blessé, c’est par pure charité chrétienne, sous prétexte d’abréger ses souffrances. Ici, le sadisme est plus assumé, et la curiosité scientifique a remplacé la charité chrétienne.

En conclusion, Des petites filles modèles… est un roman plein d’intelligence.  Peut-être les amateurs habituels de l’auteur seront-ils un peu déçus, car habitués à beaucoup plus trash ? En tout cas de mon point de vue, c’est une réussite !

Petites filles modeles shining

Des petites filles modèles…, Romain Slocombe (Belfond, 2016) – 297 pages

Reading Challenge 2016, pour la catégorie « livre paru cette année ».

Rendez-vous sur Hellocoton !

 

 

 

 

Publicités

Une réflexion sur “Des petites filles modèles… Remake par Romain Slocombe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s