IOLO : l’enfant terrible des Belles Lettres !

IOLO enfant terrible des Belles Lettres

Tout étudiant en lettres classiques a croisé un jour ces bouquins à la couverture cartonnée jaune ou rouge, estampillée d’une louve romaine ou d’une chouette athénienne. Ayant moi-même en ma possession une petite collection de ces ouvrages, j’ai été ravie de pouvoir la compléter quand Les Belles Lettres m’ont proposé de m’envoyer une de leurs dernières parutions : IOLO (c’est le titre).

iolo petit dernier signature

LE CONCEPT

Friande à la fois de culture antique et d’humour parodique, le concept de IOLO ne pouvait que me séduire ! Les auteurs, Quentin Leclerc et Michel Pimpant sévissent sur le Net depuis quelques années, en proposant sur leur blog des résumés d’œuvres classiques version langage djeun’s (le simple fait d’employer ce terme m’exclut d’ailleurs immédiatement de cette catégorie). Peut-être avez-vous entendu parler d’eux récemment, puisque leur projet s’est exporté à la télévision et est diffusé juste avant La Grande Librairie depuis plusieurs semaines.

MON EXPÉRIENCE

Au bout de quelques pages, le doute m’assaille… suis-je vraiment le public visé par ce livre ? De nombreux éléments me laissent penser que oui :

  • une assez bonne culture classique semble nécessaire pour comprendre les références à la littérature grecque et latine et pouvoir apprécier le livre. Quand je parcours la table des matières et que j’y lis « Oedipe roi (Sophocle) », « Les Grenouilles (Aristophane) », « Pharsale (Lucain) » ou « L’Âne d’or (Apulée) », ça me parle.
  • Il faut être également assez jeune et/ou féru de pop-culture pour saisir les multiples allusions aux jeux vidéos, aux séries HBO ou aux mèmes internet. Dans la mesure où le terme « geek » me sert régulièrement de surnom, je pense correspondre aux critères !

Un conseil : si les expressions Boloss, YOLO et « toi-même tu sais » affichées sur la couverture ne vous évoquent rien, c’est probablement que ce livre n’est pas du tout fait pour vous !

Photo avec signature

Au début, quand j’ai compris (non sans une certaine fierté) les clins d’œil à Super Mario, à Game of Thrones et à Street Fighter, j’ai cru pouvoir suivre. J’ai compris tous les lol, PTDR, spoil, fake et autres cheat codes. J’ai même reconnu Nestor Burma, Ulysse 31 et Pénélope Jolicoeur.

IOLO est un livre où les hexamètres dactyliques et Mucius Scaevola côtoient sans complexe Stéphane Plaza et Cinquante Nuances de Grey. C’est spécial, je vous aurai prévenus.

Nin ninnnnn nin-nin-nin ninnnnnnnnn nin-nin-ninnnnnnn ♫ ouh lou louloulou mes gars sûrs et tous mes sheygueys ont reconnu le générique de Game of Thrones big up la fantasy de grgrgrggrgr Martin mais faut dire que le délire de Tite-Live c’est romain en pire…romain !! Tite-Live c’est le Père Castor cosmique le daron des délires historiques romains il te fait le résumé des romanos ab ovo en repartant de la louve mamelue qui se fait téter les tits par deux petits gadjos perdus dans la forêt primitive de Rhéa Silvia !!!!!

Cependant, après m’être jetée sur les premières pages, je suis restée sceptique… car j’ai rapidement réalisé que j’étais loin de posséder tous les codes ! Je me suis sentie comme ces élèves qui refusent de lire ce qu’on leur propose à l’école sous prétexte qu’ils ne « comprennent rien » ou qu’il y a « des mots bizarres ». C’est ce qui m’est arrivé, et certains termes restent désespérément obscurs pour moi : asmeuk, michto, kho. (???)

MON VERDICT

Si certaines petites trouvailles m’auront fait sourire : « Sylvester Patrocle Stalone » ou « Julien Courbet condita » (comprenne qui pourra !), j’ai rapidement frôlé l’overdose. Force est de constater que les différents résumés sont extrêmement répétitifs, et qu’il vaut mieux éviter d’en lire plus de trois d’affilée. C’est ainsi que j’ai découvert le verbe « enjailler » qui doit bien revenir 3 fois par page, et que j’ai d’abord pris pour un mot un peu désuet à la Bernard Pivot, avant d’apprendre qu’il était récemment issu de l’argot ivoirien et principalement usité par La Fouine, distingué rappeur français.

Aucun des 50 résumés ne m’aura convaincue à 100%, il y a toujours eu quelque chose pour me déranger. Je les ai globalement trouvés too much, abusant notamment de termes vulgaires (on trouve des références pornographiques presque à toutes les pages !). Et puis, sérieusement, comment une maison d’édition aussi respectable que Les Belles Lettres a-t-elle pu laisser passer (au moins) une faute d’orthographe ? « [César] s’est fait poignardé » (p. 182) WTF ?! Jacqueline de Romilly doit se retourner dans sa tombe, et moi j’ai failli m’étrangler.

Cependant, étrangement je conserve un petit faible pour ce livre insolite. IOLO, c’est un peu le petit dernier hyperactif qui nous exaspère, mais qui se sait le chouchou de la maîtresse et à qui on pardonne ses bêtises !

vrac iolo signature

Merci encore aux éditions Les Belles Lettres pour leur envoi !

Les Boloss des Belles Lettres

IOLO : Connais-toi toi-même tu sais

Quentin Leclerc et Michel Pimpant

Les Belles Lettres, 2016

 

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4 réflexions sur “IOLO : l’enfant terrible des Belles Lettres !

  1. J’ai découvert il y a quelques années sur le net et je trouve la version filmée bien plus parlante (c’est le cas de le dire) parce qu’en fait le langage djeun’s écrit perd de sa truculence, alors que raconté par ce cher Jean c’est à mourir de rire. Le décalage de style et génération en plus. Ah… madame Bovary… se faisant raccommoder la crinoline par des bad boys à l’arrière des calèches… Succulent!

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