Ceci n’est pas un catalogue IKEA – Horrorstör (Grady Hendrix)

Bien consciente de succomber aux sirènes du marketing, je n’ai pas acheté ce livre… je l’ai mis sur ma liste de Noël ! Je me suis dit qu’avec son allure de faux catalogue Ikea, cet étrange roman nous réservait au moins un peu d’ironie (la clé du succès si vous voulez mon avis).

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Il se passe quelque chose d’étrange au magasin de meubles Orsk à Cleveland, en Ohio. Ces derniers temps, les employés découvrent, en arrivant le matin, des étagères Kjërring démontées, des piles de gobelets Glans renversées, des armoires Liripip fracassées… Les ventes sont en berne, les responsables de rayon paniqués : les caméras de surveillance ne montrent rien d’anormal. Pour lever le mystère, une équipe de trois employés s’engage à rester sur place toute une nuit. Au cœur de l’obscurité, ils arpentent les allées du showroom désert, courent après d’inquiétants bruits et finiront pas se confronter aux pires horreurs

Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, la présentation de l’éditeur ne joue apparemment pas du tout la carte de la satire sociale, mais celle de l’épouvante (en même temps, le titre aurait dû nous mettre sur la voie). Ne vous fiez donc pas à l’atmosphère hygge de la couverture, Horrorstör est bien un roman d’horreur. Il suffit d’ailleurs de retourner le livre pour en être tout à fait convaincu…

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Ma connaissance des romans d’horreur se limitant aux Chair de Poule de mon enfance, autant dire que le genre m’était totalement étranger. C’est donc pleine de curiosité et sans attente particulière que je me suis lancée dans la lecture d’Horrorstör.

UN PETIT MOT SUR LA FORME 

L’illusion ne s’arrête pas à la couverture : le livre entier est conçu comme une imitation de catalogue. C’est donc en toute logique que vous y trouverez un plan du magasin, des bons de réduction, des encarts publicitaires et même un formulaire de livraison.

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Chaque chapitre s’ouvre sur la présentation d’un article, auquel on prête peu attention au début… avant de se rendre compte que les produits en question se pervertissent au fur et à mesure que l’histoire progresse.

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Évidemment, cette mise en scène est avant tout parodique, et on s’amuse à repérer des petites touches d’ironie ça et là (dans le nom des coloris par exemple, ou dans les références d’articles qui cachent toujours le nombre 666).

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ET L’HISTOIRE DANS TOUT ÇA ?

Toute l’intrigue tourne autour de ce fameux magasin Orsk, pâle copie d’Ikea dont il se veut le concurrent. Mais Orsk ne sert pas seulement de décor, c’est un personnage à part entière (la forme même du livre nous le fait d’ailleurs bien comprendre). Cela est prétexte à une subtile critique de la société de consommation, qui tend à uniformiser les goûts et manipule les clients aveugles autant qu’elle abrutit les travailleurs. Je ne résiste pas à l’envie de vous citer la première page, assez savoureuse :

Le jour venait à peine de se lever. Dans le parking, de drôles de zombies titubaient vers une immense boîte beige. Une dose massive de caféine les ressusciterait, mais pour le moment, ils se déplaçaient comme des morts à peine vivants. […]

Cependant tous les matins, cinq jours par semaine (sept en période de Noël), ils se traînaient jusqu’au point névralgique de leurs petites vies. Le seul élément immuable de leur existence, qu’il pleuve, vente ou neige, qu’ils divorcent ou que leur chien meure : leur lieu de travail.

Orsk était le plus grand magasin de meubles scandinaves des États-Unis. Ses produits aux designs contemporains étaient moins chers que ceux d’Ikéa et son slogan promettait « une vie meilleure pour tous ». Surtout pour les actionnaires d’Orsk qui, chaque année, se retrouvaient au quartier général à Milwaukee, dans le Wisconsin, pour se repaître des excellents chiffres du bilan d’exploitation de leur imitation d’Ikéa. Orsk s’engageait à offrir à ses clients « tout ce qu’ils désiraient », pour chaque période de leur vie. Des berceaux Balsak aux fauteuils à bascule Gutevol. Ils ne proposaient pas de cercueils. Pas pour le moment, en tout cas.

Qu’en pense Jean-Luc Mélenchon ?

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Les personnages quant à eux sont stéréotypés à souhait. Rappelez-vous, il s’agit d’un roman d’horreur. Moi qui n’en avais jamais lu, j’ai eu l’impression de me retrouver face à une sorte de Scream sur papier. Vous savez, le genre d’histoire où les personnages se séparent en plusieurs groupes quand ils entendent des bruits suspects, la blonde écervelée d’un côté, le sportif à la cool de l’autre, pendant que la brune un peu rebelle tente de les retrouver tous les deux.

Tout ce beau monde se voit donc enfermé pour une nuit dans le magasin Orsk, dont ils sont employés, pour tenter de trouver l’origine des mystérieuses dégradations observées dans le magasin (et se faire payer quelques heures supplémentaires au passage). Mais quand les lumières artificielles s’éteignent, le règne des apparences prend fin, et on bascule dans un autre monde pas joli joli !

L’éditeur propose une bande-annonce du livre sur son site, ce qui est assez original pour être signalé :

MON VERDICT

La dimension critique suggérée par le début du livre n’est finalement qu’une sorte de trame, dont on s’éloigne au fur et à mesure que l’histoire s’enfonce dans l’horreur. Je dirais d’ailleurs qu’Horrorstör est plus parodique que véritablement satirique : le roman ne se prend pas au sérieux, et fait sourire plus qu’il ne dénonce. 

On se retrouve plongé dans une espèce de Silent Hill burlesque, ambiance « autre côté du miroir » et surgissement de créatures. Horrorstör reprend les codes de l’horreur, notamment le thème de la maison hantée qu’il transpose dans un grand magasin. Cela semble d’ailleurs assez logique, puisque la politique d’Orsk est de faire en sorte que chaque client se sente comme chez lui. Mais plus on avance dans l’histoire, plus la mise en scène est mise à mal : placards sans fond, fenêtres donnant sur des murs deviennent autant de brèches vers l’horreur.

Le récit est mené d’une manière très cinématographique. On imagine volontiers bruitages, effets de lumière ou de caméra tandis que les personnages déambulent dans le grand magasin désert. Il semblerait d’ailleurs qu’une série adaptée du livre soit en préparation aux États-Unis.

Je n’irais pas jusqu’à recommander Horrorstör aux âmes sensibles, mais sa lecture ne vous empêchera a priori pas de dormir. Il se lit exactement comme on regarderait un film d’horreur pour adolescents : on peste contre la crucherie* des personnages, on plisse le nez devant les scènes d’ongles arrachés (oui, quand même), on devine très bien dès le début qui va s’en sortir et qui va se faire avoir comme un bleu, mais on lit quand même avidement jusqu’au bout pour avoir le fin mot de l’histoire.

*ce mot existe, j’ai vérifié (et je suis d’ailleurs un peu déçue, je pensais l’avoir inventé) !

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Horrorstör me permet de valider ma première catégorie du reading challenge 2017 : « un livre original dans sa forme » !

Horrorstör,

Grady Hendrix (traduit de l’anglais par Amélie Sarn),

 Éditions Milan (août 2015) – 240 pages

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7 réflexions sur “Ceci n’est pas un catalogue IKEA – Horrorstör (Grady Hendrix)

  1. Bonjour,
    Pour votre collègue qui cherche des idées de lecture répondant au critère « Auteur d’Amérique du Sud », vous pouvez lui suggérer JM Machados de Assis. En effet, il n’y a pas que des auteurs hispanophones en Amérique du Sud, il y a aussi les lusophones. Et passer à côte de Machado de Assis, quel dommage …
    Je repars illico …

    J'aime

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