Her Story : petite révolution vidéo-ludique

Aujourd’hui j’ai eu envie de vous présenter un jeu vidéo. Et oui ! Occasion pour moi d’inaugurer une catégorie qui me trotte dans la tête depuis un moment, consacrée à ce qu’il convient d’appeler la « pop culture« . N’en déplaisent à certains, de nombreux jeux vidéo sont des œuvres à part entière (non, je ne parle pas de Candy Crush ni de FIFA 17), et il arrive de tomber sur de véritables perles, comme Her Story, notre sujet du jour.

écran titre

Un film interactif

Après avoir commencé – et terminé – Her Story en un week-end, je m’interroge : est-ce vraiment un jeu vidéo ? Si on s’appuie sur une définition stricte, oui : j’ai allumé mon ordinateur, cliqué sur des icônes, utilisé mon clavier, sauvegardé ma progression avant de quitter. Mais si je m’appuie sur mon ressenti, je dois admettre qu’il est différent de tous les jeux vidéo auxquels j’ai pu jouer jusqu’à maintenant. À la frontière entre un film, un roman policier et un livre-dont-vous-êtes-le-héros, Her Story impose son propre style.

Loin d’une course aux meilleurs graphismes, le jeu nous propose une interface vintage. Petit vent de nostalgie que les moins de vingt trente ans ne peuvent pas connaître, ambiance écran cathodique et barre de commande, façon 1990’s.

herstory_002

Le contenu du jeu se compose d’une multitude de vidéos, de quelques dizaines de secondes chacune, auxquelles on a accès en tapant les bons mots-clés. Quand on lance le jeu, il vous en propose un premier : MURDER*. Pas de directive précise, mais on comprend tout de suite qu’il va falloir résoudre/comprendre une histoire de meurtre. À nous de reconstituer le puzzle !

*le jeu est en anglais (audio et sous-titres), mais un patch français, plutôt bien fait, est facilement trouvable sur internet.

Qui dit film, dit acteur. Ou plutôt actrice, car le caractère féminin du titre ne vous aura pas échappé. Viva Seifert, qui m’était inconnue mais dont le CV force pourtant le respect, nous offre une incontestable performance (pour laquelle elle a d’ailleurs été récompensée). Elle est pour beaucoup dans la réussite du jeu.

The Game Awards 2015 - Show

Viva Seifert recevant le « Game Award » de la meilleure performance (décembre 2015)

Immersion totale

Her Story. Voilà un titre assez explicite : tout va tourner autour de ce qu’ « elle » va nous raconter, dans le décor nu d’une salle d’interrogatoire.

On joue le rôle de quelqu’un qui, derrière son écran, fait des recherches dans les archives de la police, quelques années après l’affaire. Une mise en abyme qui rend l’immersion totale. On est happé très rapidement. Chaque mot-clé entraînant le déblocage de plusieurs vidéos, on se surprend à en taper, à la suite, de façon presque compulsive.

Le jeu de Viva Seifert est au service d’un script impeccable, qui nous force à être attentif à tous les éléments de langage utilisés, y compris le langage corporel. Pour chaque vidéo visionnée, il nous faut analyser ce qu’on voit mais aussi ce qu’on ne voit pas ! Chaque élément peut être un indice qui nous inspirera le mot-clé suivant. Impossible de décrocher.

Et si Her Story est si fort, c’est que cette immersion totale vous pousse paradoxalement à sortir du jeu. Il vous faudra utiliser des ressources extérieures  : vous allez devoir prendre des notes, faire quelques recherches sur Internet (je ne parle pas de soluce), confronter votre interprétation à celle d’autres joueurs. Même en dehors du jeu, votre cerveau continuera d’y travailler, jusqu’à ce qu’un mot-clé surgisse dans votre tête, vous donnant envie d’y retourner. Le jeu PARFAIT pour procrastiner, en somme.

Le pouvoir de l’imagination

Là est l’énorme réussite du jeu : la progression suit les méandres de notre esprit. Deux joueurs peuvent donc avoir une expérience de jeu et une interprétation de l’histoire différentes, selon l’ordre dans lequel les vidéos lui seront apparues. Même la musique « réagit » à nos recherches, évoluant en fonction de nos découvertes. Her Story joue avec le pouvoir de notre imagination. Notre cerveau comble les lacunes, et on avance de révélation en révélation, passant parfois de la plus entière certitude au doute le plus complet.

Un jeu indé-trônable

En me lançant dans l’expérience Her Story, je prenais peu de risques. Sorti en 2015, le jeu a déjà fait ses preuves et séduit les joueurs. Sam Barlow, le concepteur du jeu (connu notamment pour la série Silent Hill), a reçu en 2016 le grand prix Seumas McNally à l’Independent Games Festival.

Alors, convaincus ? Dois-je ajouter qu’il vous en coûtera moins de 6 euros si vous voulez vous le procurer ? Le prix d’une place de ciné ou d’un livre de poche. Et parce que dans pop culture, il y a culture. 😉

crédits her story.jpg

Her Story,

Développé et édité par Sam Barlow (juin 2015)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s