Trois regards sur l’école (inclus : interview exclusive des auteurs de ParentsProfs le mag) !

Me voici de retour avec trois collaborations de saison ! Malgré leurs différences évidentes de format (faux magazine / témoignage / BD), j’ai eu envie de réunir ces trois publications en une seule chronique car elles présentent un gros point commun : parler de l’école avec humour.

 

ardoise n°1Commençons par une valeur sûre : le tome 2 du magazine parodique Parents Profs, qui fait ses preuves depuis plusieurs années sur Internet. Si par hasard vous faites partie des retardataires qui n’en ont jamais entendu parler, je vous invite à lire d’abord ma critique du tome 1 (août 2017).

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 Parents Profs 2,

Stéphane Grulet & Boualem Aznag

Éditions Jungle (septembre 2019) –  96 pages

  • Ce qu’on retrouve :

➡ Plus de 90 pages de contenu, réparties en diverses rubriques imitant les « vrais » magazines (enquête, technologie, psycho, sexo, mode, people, écologie…), détournées pour évoquer à chaque fois le quotidien d’une école, et ponctuées de publicités parodiques.

 

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➡ Des personnages récurrents, déjà présents dans le tome 1 ou qui reviennent régulièrement dans les publications du webzine : les collègues, les élèves, les parents, mais aussi les inspecteurs et conseillers pédagogiques, sans oublier bien sûr Philippe Meirieu. Mention spéciale pour l’article chaud chaud chaud sur les « gars de la mairie ».

 

parents profs 2 cahier journal

 

➡ De l’humour, de l’humour, et encore de l’humour. Du plus mignon (la maîtresse contrainte d’accepter avec le sourire une boîte à camembert peinturlurée en guise de cadeau) au plus absurde (Toby le labrador, hyper calé en sciences de l’éducation), il est bien souvent satirique, voire grinçant (astuces pour faire cours sans avoir rien préparé, conseils d’éducation pour faire de votre enfant un bon candidat de télé-réalité, ou encore la pédagogie « Montessirop » qui réussit l’incroyable exploit de nous vendre une boîte de cassoulet végétarien pour 84€/kg).

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  • Ce qu’on découvre :

➡ Les dimensions du livre ont rétréci ! Je ne suis pas sûre qu’il « tienne dans la poche » comme annoncé sur la couverture, mais il est en tout cas plus léger et plus facile à glisser dans n’importe quel sac (ou à dissimuler pendant un conseil de classe).

 

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➡ J’aurais bien aimé retrouver davantage de fausses pubs, comme dans le tome 1, ainsi que les petits « bonus » (horoscope, petites annonces…), mais j’imagine qu’il s’agit d’une volonté de la part des auteurs de renouveler le contenu. À la place, un dossier « jeux » a fait son apparition. Ce dernier m’a fait sourire, mais je l’ai trouvé plutôt anecdotique.

 

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➡ J’ai été frappée par l’abondance d’articles qui, tout en restant humoristiques, suggèrent un certain mal-être enseignant : symptômes du burn out, comment l’éviter en s’en balec* , témoignage d’une enseignante dépressive avec moult pathos (même si la chute est drôle), manque de reconnaissance quotidien (réel ou ressenti), tuto beauté pour rendre le sourire à une « collègue triste », etc.

*pour les plus has-been d’entre vous : fréquemment utilisée par « les jeunes », l’expression « je m’en balec » est tout simplement l’abréviation de « je m’en bats les couilles ». Simple. Efficace. Élégant.

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L’enquête 100% ironique sur le salaire des enseignants « Travailler peu, gagner trop » reprend les arguments de Monsieur Tout-le-monde* : les profs ne bossent que 6 mois par an, cumulent de nombreux bonus pour arrondir leurs fins de mois, alors que Monsieur Tout-le-monde sait pertinemment que mener une séance de coloriage ou surveiller la sieste ne demande aucune préparation. Preuve : ils ont encore le temps de publier des billets d’humeur sur internet. PIRE, certains s’enrichissent en publiant de vrais livres.

votre beau-frère, votre boucher, votre coiffeuse, les twittos, LCI et Nicolas Sarkozy

 

Bref, Parents Profs le mag est, encore une fois, à placer entre les mains de tous les profs, qui se reconnaîtront dans de nombreuses situations et y trouveront matière à sourire. Monsieur Tout-le-monde quant à lui, s’il laisse de côté sa mauvaise foi, devrait se rendre compte que ces %!#@? de profs sont moins pisse-vinaigre qu’il ne le croyait.

 

Stéphane Grulet & Boualem Aznag, ont accepté avec beaucoup de gentillesse de répondre à mes questions ! Retrouvez leur interview en cliquant sur l’image ci-dessous :

INTERVIEW PARENTS PROFS MAG miniature

 

* * *

 

ardoise n°2

Dans la famille « prof bashing » je demande… le petit dernier de Patrice Romain ! Si vous êtes prof et que vous vous sentez un peu trop détendu, un peu trop de bonne humeur en ce mois de rentrée (lol), ce livre est fait pour vous ! Si vous êtes Monsieur Tout-le-monde, ce livre est aussi fait pour vous ! Vous aurez la confirmation de tout ce que vous avez toujours pensé des profs, sans avoir besoin d’aller plus loin de la quatrième de couverture – argument d’autorité offert sur un plateau : c’est un principal qui le dit (donc c’est vrai).

Toujours en vacances, absents ou en grève, râleurs, tyranniques, désabusés, désobéissants, profiteurs, ringards… Et ci ces lieux communs sur les profs n’étaient pas que des clichés ? Et s’il y avait une sacrée part de vérité ? Patrice Romain, principal dans un collège, côtoie des professeurs depuis plus de vingt ans. Avec humour, il nous dévoile les travers de ses enseignants en livrant des anecdotes assez surréalistes… Certains profs trouvent qu’ils n’ont pas assez de vacances, d’autres s’endorment en cours ou ont une furieuse tendance à considérer les arrêts maladie comme une variable d’ajustement quand ils bricolent chez eux… Pour la première fois, un chef d’établissement écrit ses quatre vérités sur les profs, sans langue de bois, sans concession. Un livre sur une institution en crise qui mérite vraiment… un zéro pointé !

Effarant et drôle : découvrez le vrai visage des profs.
Bonus : sauras-tu retrouver l’ÉNORME faute de frappe imprimée telle quelle et encore présente dans toutes les présentations officielles ? 🤔

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Un principal ne devrait pas dire ça,

Patrice Romain

City Éditions (août 2019) –  240 pages

 

On a rarement fait plus racoleur. Mais ne nous arrêtons pas à cela, il est fréquent que la promo de l’éditeur ne reflète pas tout à fait le ton du livre, d’autant plus que je ne connaissais ni l’auteur, ni ses précédentes publications.

Les toutes premières pages (disponibles à lecture sur le site de l’éditeur) m’auraient presque réconfortée. L’auteur, principal de son état, commence par assurer les enseignants de son profond respect, admet que la paie n’est pas à la hauteur de la mission. Les enseignants ? des personnes comme les autres, avec des qualités et des défauts. L’ouvrage est présenté comme un « témoignage », un recueil d’anecdotes vécues ou observées par l’auteur.

Ces anecdotes ne font que refléter fidèlement la vie quotidienne des professeurs.

Allez, me suis-je dit, il y aura de tout : du positif, du négatif, puisque ça « reflète fidèlement » (naïve que je fus). C’était sans compter l’avertissement liminaire :  sous prétexte de rendre « la lecture plus fluide », l’ensemble des situations « effarantes et drôles » rencontrées par l’auteur tout au long de sa carrière ont été adaptées pour qu’elles aient l’air de s’être déroulées en une seule année scolaire, au sein d’une seule équipe pédagogique. Avant qu’on ne m’accuse de mauvaise foi, je suis bien consciente que ce procédé est nécessaire à la tonalité humoristique recherchée. Résultat : le concentré de caricature obtenu est explosif. On se croirait dans une comédie potache, type P.R.O.F.S (mais sans Patrick Bruel) ou dans le sketch des Inconnus.

L’unique enseignant qui trouve grâce aux yeux du principal est Madame Gaffiot, professeur de lettres « stakhanoviste » en chignon gris et au tailleur aussi strict que ses méthodes pédagogiques. Tous les autres sont des fautes professionnelles ambulantes. Et je vous passe les portraits… (la prof d’allemand est évidemment une grande blonde aux yeux bleus, à la « rigueur germanique » toujours énervée contre tout et n’importe quoi). Pas un seul collègue pour nuancer un peu le tableau. Pas un seul prof normal (dans un livre dont le titre pastiche les confidences de François Hollande, vous avouerez que c’est cocasse).

Je classerai les enseignants de Patrice Romain en trois catégories  :

· les tire-au-flanc / capricieux / râleurs / prétentieux ;

· les sans-expérience/incompétents/dépassés/dépressifs/alcooliques ;

· Madame Gaffiot aka la stakhanoviste crainte et respectée

Par ailleurs, la conception du travail suggérée par l’auteur m’a mise plutôt mal à l’aise. Il ironise notamment sur les enseignants qui finissent par quitter une réunion – qui n’aboutissait visiblement à aucune prise de décision importante (et qui se déroule de toute évidence après une journée complète de cours, précision qu’il oublie de donner) pour « aller chercher leur enfant » ; il regrette aussi le manque de conscience professionnelle d’une enseignante de langue qui n’accompagne pas les voyages à l’étranger (dois-je rappeler qu’il ne s’agit en rien d’une obligation, et qu’aucune rémunération n’est prévue pour cela, alors même que cela engage à être responsable des élèves 24h/24 pendant plusieurs jours – dimanche et jour férié parfois compris ?). Il encense au contraire une enseignante qui n’a jamais manqué une heure de cours, même quand sa maison a été inondée, même quand des membres de sa famille sont morts ou même quand sa fille a eu un grave accident…

Cela m’a rappelé ces spots publicitaires pour une compagnie d’assurance mettant en scène des fonctionnaires qui sacrifient leur vie personnelle ou leur santé pour leur travail… Souvenez-vous : on y voit par exemple un jeune instit aller bosser en auto-stop parce qu’il vient de retrouver sa voiture écrasée sous un arbre, ou encore une infirmière visiblement épuisée faire demi-tour au moment de quitter son service, parce qu’une ambulance vient d’arriver à l’hôpital (ce qui n’arrive sans doute jamais), et ainsi faire des heures sup gratuitement avec joie et abnégation. Après tout, si elle s’endort au volant en rentrant et qu’elle bousille sa voiture, son assurance lui en prêtera une autre pour qu’elle puisse assurer la continuité du service public. J’ADORE cette publicité, comme vous pouvez vous en douter.

Tout dans ce livre n’est cependant pas négatif. Patrice Romain pointe notamment divers dysfonctionnements du système : manque voire absence de formation des personnels ; l’impuissance de la hiérarchie face à des enseignants notoirement défaillants ; ou encore difficulté à dialoguer avec des élèves et des parents qui n’acceptent pas les codes de l’école. Il faut avouer que lire ce genre de choses sous la plume d’un chef d’établissement est presque satisfaisant, à défaut d’être consolateur.

Ce qui m’a gênée n’est pas la caricature – il n’y a qu’à lire mon avis sur le faux magazine Parents Profs. Ce qui m’a gênée c’est qu’on présente cette caricature comme étant la norme. L’auteur utilise d’ailleurs régulièrement des expressions telles que « comme tous les enseignants… », « comme la majorité de ses collègues… ».

On vous vend Un principal ne devrait pas dire ça comme une espèce de Cash Investigation rigolo, mais on se retrouve devant un remake non assumé du film Les Profs

Signé : une enseignante qui, selon les mots exacts de Monsieur Romain, « profite du système sans vergogne » (actuellement en congé de formation – un droit auquel peut prétendre tout salarié – je suis honteusement indemnisée par vos impôts, même pendant la période où je n’enseigne pas). En plus, une fois je me suis assoupie pendant une séance de « Collège au cinéma ». Un scandale.

 

* * *

 

ardoise n°3Terminons cette triple chronique par un témoignage qui reflète réellement le quotidien d’un enseignant. Véropée est en effet autrice de bande-dessinée & professeur de français au collège. Sa dernière publication, Le Cid en 4eB, nous fait pénétrer dans sa salle de classe l’espace de quelques semaines, en compagnie d’adolescents plus vrais que nature.

 

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Le Cid en 4eB,

Véropée (dessin & scénario)

Éditions La Boîte à Bulles (mai 2019) –  96 pages

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Certains (élèves, parents, collègues…) se demandent parfois pourquoi on s’évertue à mettre des classiques démodés au programme, alors que « le niveau baisse »/ »les élèves ne lisent pas »/ »ils ne comprennent rien »/ »ils ne s’intéressent qu’à Cyril Hanouna » (ne rayez aucune mention inutile). Comme si on donnait de la confiture aux cochons.

Plutôt qu’un long discours, voilà une BD qui permet déjà de donner quelques éléments de réponse, en illustrant à la perfection ce qui se passe pendant un cours de français, lorsque l’on met des adolescents face à Corneille, Hugo ou Anouilh.

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Croyez-le ou non : le plus difficile pour un prof de français n’est PAS d’expliquer ni même de faire apprécier une oeuvre classique à des élèves du XXIe siècle. Des histoires amours passionnées, de la violence, des conflits familiaux… ça leur parle. Les intrigues ne sont finalement pas si différentes de celles de leurs feuilletons préférés, l’exigence et la beauté de la langue en plus.

Non, le plus difficile, c’est d’assurer les conditions nécessaires pour qu’ils soient ouverts à ce que vous allez leur raconter. Faire en sorte que tous les élèves s’assoient. Qu’ils s’assoient correctement. Qu’ils aient leur matériel. Qu’ils sortent leur matériel. Qu’ils écoutent les consignes. Qu’ils ne se mouchent pas dans leur cahier (true story).

le_cid_extrait2_11496_bigOn imagine parfois la fatigue du professeur, qui doit combattre chaque tentative de négociation de ses élèves, répéter une consigne pour la énième fois, faire une croix sur le calme et le silence s’il a prévu de faire travailler les élèves en groupe… et composer en permanence avec la défiance de certains élèves.

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On mesure l’énergie et la patience nécessaires pour conduire chaque heure de cours (et encore, vous n’aurez vu qu’une classe… dites-vous qu’un professeur de français en a au minimum quatre). Les élèves, sans filtre et avec des notions approximatives de savoir-vivre, disent tout ce qui leur passe par la tête, tiennent parfois difficilement en place.le_cid_extrait4_11498_big

Au fil des planches, on se rend compte que, malgré un énorme décalage culturel et lexical (que dis-je, un gouffre), les élèves s’approprient l’oeuvre, s’identifient aux personnages. Finalement, leur naïveté et leur curiosité sont assez attendrissantes.

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Le Cid en 4eB permet, avec humour, de mesurer certaines difficultés de l’enseignement en collège, et montre qu’il faut apprendre à savourer la moindre petite victoire pédagogique (comme ce jour où, alors que j’avais distribué Antigone à une classe de 3e, une des élèves est venue me dire : Madame ! Il est trop bien votre livre, là ! Je l’ai lu en une soirée !) Cette BD serait une excellente lecture pour tous les futurs profs, bien plus concrète que le DVD qu’on m’avait remis – à la place d’une formation – quand j’étais stagiaire, dans lequel on vous donne plein d’astuces pour tenir une classe (dont la technique fameuse des deux doigts sur la table) sans jamais vous montrer d’élèves, et sans vous dire comme réagir si ces astuces ne fonctionnent pas). Le Cid en 4eB met en scène des élèves « dans leur milieu naturel » et des situations réalistes.

♥ Merci à Jungle,  City Éditions et à La Boîte à Bulles pour leur collaboration ! ♥

Pour rester dans l’ambiance, deux autres chroniques qui parlent de l’école :

 

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