Ce principal ne devrait VRAIMENT pas dire ça…

Dans la famille « prof bashing » je demande… le petit dernier de Patrice Romain ! Si vous êtes prof et que vous vous sentez un peu trop détendu, un peu trop de bonne humeur en ce mois de rentrée (lol), ce livre est fait pour vous ! Si vous êtes Monsieur Tout-le-monde, ce livre est aussi fait pour vous ! Vous aurez la confirmation de tout ce que vous avez toujours pensé des profs, sans avoir besoin d’aller plus loin de la quatrième de couverture – argument d’autorité offert sur un plateau : c’est un principal qui le dit (donc c’est vrai).

Toujours en vacances, absents ou en grève, râleurs, tyranniques, désabusés, désobéissants, profiteurs, ringards… Et ci ces lieux communs sur les profs n’étaient pas que des clichés ? Et s’il y avait une sacrée part de vérité ? Patrice Romain, principal dans un collège, côtoie des professeurs depuis plus de vingt ans. Avec humour, il nous dévoile les travers de ses enseignants en livrant des anecdotes assez surréalistes… Certains profs trouvent qu’ils n’ont pas assez de vacances, d’autres s’endorment en cours ou ont une furieuse tendance à considérer les arrêts maladie comme une variable d’ajustement quand ils bricolent chez eux… Pour la première fois, un chef d’établissement écrit ses quatre vérités sur les profs, sans langue de bois, sans concession. Un livre sur une institution en crise qui mérite vraiment… un zéro pointé !

Effarant et drôle : découvrez le vrai visage des profs.
Bonus : sauras-tu retrouver l’ÉNORME faute de frappe imprimée telle quelle et encore présente dans toutes les présentations officielles ? 🤔

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Un principal ne devrait pas dire ça,

Patrice Romain

City Éditions (août 2019) –  240 pages

 

On a rarement fait plus racoleur. Mais ne nous arrêtons pas à cela, il est fréquent que la promo de l’éditeur ne reflète pas tout à fait le ton du livre, d’autant plus que je ne connaissais ni l’auteur, ni ses précédentes publications.

Les toutes premières pages (disponibles à lecture sur le site de l’éditeur) m’auraient presque réconfortée. L’auteur, principal de son état, commence par assurer les enseignants de son profond respect, admet que la paie n’est pas à la hauteur de la mission. Les enseignants ? des personnes comme les autres, avec des qualités et des défauts. L’ouvrage est présenté comme un « témoignage », un recueil d’anecdotes vécues ou observées par l’auteur.

Ces anecdotes ne font que refléter fidèlement la vie quotidienne des professeurs.

Allez, me suis-je dit, il y aura de tout : du positif, du négatif, puisque ça « reflète fidèlement » (naïve que je fus). C’était sans compter l’avertissement liminaire :  sous prétexte de rendre « la lecture plus fluide », l’ensemble des situations « effarantes et drôles » rencontrées par l’auteur tout au long de sa carrière ont été adaptées pour qu’elles aient l’air de s’être déroulées en une seule année scolaire, au sein d’une seule équipe pédagogique. Avant qu’on ne m’accuse de mauvaise foi, je suis bien consciente que ce procédé est nécessaire à la tonalité humoristique recherchée. Résultat : le concentré de caricature obtenu est explosif. On se croirait dans une comédie potache, type P.R.O.F.S (mais sans Patrick Bruel) ou dans le sketch des Inconnus.

L’unique enseignant qui trouve grâce aux yeux du principal est Madame Gaffiot, professeur de lettres « stakhanoviste » en chignon gris et au tailleur aussi strict que ses méthodes pédagogiques. Tous les autres sont des fautes professionnelles ambulantes. Et je vous passe les portraits… (la prof d’allemand est évidemment une grande blonde aux yeux bleus, à la « rigueur germanique » toujours énervée contre tout et n’importe quoi). Pas un seul collègue pour nuancer un peu le tableau. Pas un seul prof normal (dans un livre dont le titre pastiche les confidences de François Hollande, vous avouerez que c’est cocasse).

Je classerai les enseignants de Patrice Romain en trois catégories  :

· les tire-au-flanc / capricieux / râleurs / prétentieux ;

· les sans-expérience/incompétents/dépassés/dépressifs/alcooliques ;

· Madame Gaffiot aka la stakhanoviste crainte et respectée

Par ailleurs, la conception du travail suggérée par l’auteur m’a mise plutôt mal à l’aise. Il ironise notamment sur les enseignants qui finissent par quitter une réunion – qui n’aboutissait visiblement à aucune prise de décision importante (et qui se déroule de toute évidence après une journée complète de cours, précision qu’il oublie de donner) pour « aller chercher leur enfant » ; il regrette aussi le manque de conscience professionnelle d’une enseignante de langue qui n’accompagne pas les voyages à l’étranger (dois-je rappeler qu’il ne s’agit en rien d’une obligation, et qu’aucune rémunération n’est prévue pour cela, alors même que cela engage à être responsable des élèves 24h/24 pendant plusieurs jours – dimanche et jour férié parfois compris ?). Il encense au contraire une enseignante qui n’a jamais manqué une heure de cours, même quand sa maison a été inondée, même quand des membres de sa famille sont morts ou même quand sa fille a eu un grave accident…

Cela m’a rappelé ces spots publicitaires pour une compagnie d’assurance mettant en scène des fonctionnaires qui sacrifient leur vie personnelle ou leur santé pour leur travail… Souvenez-vous : on y voit par exemple un jeune instit aller bosser en auto-stop parce qu’il vient de retrouver sa voiture écrasée sous un arbre, ou encore une infirmière visiblement épuisée faire demi-tour au moment de quitter son service, parce qu’une ambulance vient d’arriver à l’hôpital (ce qui n’arrive sans doute jamais), et ainsi faire des heures sup gratuitement avec joie et abnégation. Après tout, si elle s’endort au volant en rentrant et qu’elle bousille sa voiture, son assurance lui en prêtera une autre pour qu’elle puisse assurer la continuité du service public. J’ADORE cette publicité, comme vous pouvez vous en douter.

Tout dans ce livre n’est cependant pas négatif. Patrice Romain pointe notamment divers dysfonctionnements du système : manque voire absence de formation des personnels ; l’impuissance de la hiérarchie face à des enseignants notoirement défaillants ; ou encore difficulté à dialoguer avec des élèves et des parents qui n’acceptent pas les codes de l’école. Il faut avouer que lire ce genre de choses sous la plume d’un chef d’établissement est presque satisfaisant, à défaut d’être consolateur.

Ce qui m’a gênée n’est pas la caricature – il n’y a qu’à lire mon avis sur le faux magazine Parents Profs. Ce qui m’a gênée c’est qu’on présente cette caricature comme étant la norme. L’auteur utilise d’ailleurs régulièrement des expressions telles que « comme tous les enseignants… », « comme la majorité de ses collègues… ».

On vous vend Un principal ne devrait pas dire ça comme une espèce de Cash Investigation rigolo, mais on se retrouve devant un remake non assumé du film Les Profs

Signé : une enseignante qui, selon les mots exacts de Monsieur Romain, « profite du système sans vergogne » (actuellement en congé de formation – un droit auquel peut prétendre tout salarié – je suis honteusement indemnisée par vos impôts, même pendant la période où je n’enseigne pas). En plus, une fois je me suis assoupie pendant une séance de « Collège au cinéma ». Un scandale.

♥ Merci à City Éditions pour leur collaboration ! ♥

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